Propos défaits d'un chercheur qui enseigne dans un univers-cité où la "pensée" d'UBU règne

mercredi 8 février 2012

Refus d'inscription en HDR

Je réactive ce blog tombé en déshérence (pas que la matière manque, mais l'envie oui), parce que l'actualité universitaire en matière d'absurde devient trop abondante pour ne pas la faire connaître à ceux qui penseraient que l'Université française est un lieu où règnent des notions aussi banales que la démocratie, le bon sens, la logique, le respect des individus, le sens de sa mission éducative et la modestie (mais pour cette dernière, personne ne se fait d'illusions je suppose, il n'est qu'à voir la componction des universitaires lors de leurs prestations médiatiques).
Ce premier post de relance concerne une aberration chronique qu'il est assez délicat à expliquer à qui ne connait pas les subtilités des grades universitaires et les fonctions qui leur sont échues mais tentons tout de même. L'habilitation à diriger les recherches (HDR) est une sorte de grade, que l'on peut obtenir au terme d'une procédure assez lourde, qui oblige à la rédaction d'une sorte de thèse, couvrant l'ensemble de son activité de recherche depuis son origine, et dans laquelle on dessine son activité de recherche future. Elle se soutient devant jury et doit, pour être soutenue, avoir l'aval du conseil scientifique de son université. Pourquoi souhaite-t-on obtenir cette HDR, qui consomme un temps conséquent pour la rédaction de ce qui est un peu une seconde thèse ? Pour l'argent ? Non, mais parce que l'HDR est le sésame pour un certain nombre de fonctions qui sont nécessaires dans la carrière d'un chercheur. La principale est d'être directeur de laboratoire, mais peu y parviendront. L'autre, c'est la possibilité d'encadrer des doctorants (ou thèsards). Ceci est stipulé à l'article 11 de l'arrêté du 25 avril 2002. Je le rapporte ci dessous, car attention, le diable est dans les détails.
"Les fonctions de directeur de thèse peuvent être exercées :
- par les professeurs et assimilés au sens des dispositions relatives à la désignation des membres du Conseil national des universités ou par des enseignants de rang équivalent qui ne dépendent pas du ministère de l'éducation nationale ;
- par les personnels des établissements publics et fondations de recherche habilités à diriger des recherches ou docteur d'Etat ;
- par d'autres personnalités choisies en raison de leur compétence scientifique par le chef d'établissement, sur proposition du directeur de l'école doctorale et après avis du conseil scientifique de l'établissement."
En lisant cet article, il semble bien (et c'est le cas en pratique) que l'habilitation à diriger les recherches est une nécessité pour un personnel des établissements publics, donc d'un enseignant-chercheur, sauf à penser que tout possesseur d'un doctorat de recherche tel qu'il est défini depuis 1984 est encore titulaire d'un doctorat d'état, ce qui n'est pas dans l'esprit de la loi (article 16 de la loi Savary). Mais attention, le 3ème point évoque "d'autres personnalités choisies en raison de leur compétence scientifique par le chef d'établissement, sur proposition du directeur de l'école doctorale et après avis du conseil scientifique de l'établissement". On imagine des non-universitaires qui auraient des compétences telles qu'il paraitrait légitime de leur autoriser d'encadrer une thèse. Mais vous allez voir que c'est plus compliqué que cela. En effet l’article 1er de l’arrêté du 23 novembre 1988 précise que « L’habilitation à diriger des recherches sanctionne la reconnaissance du haut niveau scientifique du candidat, du caractère original de sa démarche dans le domaine de la science, de son aptitude à maîtriser une stratégie de recherche dans un domaine scientifique ou technologique suffisamment large et de sa capacité à encadrer de jeunes chercheurs (…)". Voilà, sa capacité à encadrer de jeunes chercheurs. Donc, il faut, pour obtenir le "grade" qui autorise l'encadrement de doctorants, avoir déjà encadré des doctorants. L'absurde à son acmé.
Récemment, une candidate vient de se voir opposer cette raison à son inscription en HDR, et après désaveu de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour par la cour administrative d'appel (CAA) de Bordeaux, le conseil d'Etat a désavoué à son tour la CAA et donner raison à l'Université (ici ses conclusions).
A l'heure où pour trouver un premier emploi il faut en avoir déjà eu un, voilà la version universitaire, avant de pouvoir encadrer des doctorants, il faut en avoir déjà encadrer. Bienvenu à Madland.

mercredi 13 avril 2011

L'attitude

Nombreux sont les enseignants-chercheurs qui, à peine nommés, affichent déjà la morgue et la suffisance de leurs aînés. Pourtant, combien ont été recrutés suite à de petits arrangements locaux et non pas sur leur mérite propre. Beaucoup. Trop. A moins que leur attitude ne soit justement une technique inconsciente de dissimuler ces entorses à l'éthique. En effet, comment suspecter quelqu'un qui prend de grands airs d'avoir accédé à sa fonction par de petites combines (dont souvent ils n'ont d'ailleurs été que les récipiendaires passifs, figurants d'un jeu de pouvoir dont ils acquièrent rapidement les règles, pour pouvoir jouer eux-aussi). Il n'est qu'à voir la relation qu'ils instaurent avec les étudiants, statut qu'ils partageaient avec eux il n'y a pas si longtemps, empreinte de tout ce qu'il y a de plus méprisable dans cet exercice quand il est fait sans réflexion et par psittacisme de ce que l'on a vu faire, ou que l'on croit devoir faire pour être légitime. Pourtant, et les étudiants ne le savent pas, encore moins leurs parents, aucun n'a reçu la moindre formation pour enseigner, ce qui souvent est manifeste quand on se penche un peu sur leurs qualités pédagogiques. Je n'ai paradoxalement jamais entendu ceux qui prêchent la nécessaire formation des étudiants pour qu'ils exercent ensuite un métier dans de bonnes conditions (sous-entendu le plus souvent, le nécessaire recrutement de nouveaux collègues), réclamer d'être eux-même formés au métier d'enseignant. Mais j'ai peut-être l’ouïe insuffisamment fine. Pour finir, il serait aussi intéressant en ces temps de crise, qu'ils se posent la question de leur réelle nécessité sociale, ce qui, s'ils étaient honnêtes, et au vu du taux d'échec phénoménal à l'Université, devrait les rendre plus modestes et infléchir quelque peu leur attitude.

vendredi 10 décembre 2010

Le phénomène

A l'université, le "phénomène" présenté (j'enseigne dans le domaine des sciences de la vie, j'utilise donc plutôt ce terme, mais la suite peut s'appliquer aussi je suppose aux sciences humaines, en tant que tel, il est hélas, transversal), une fois qu'il a atteint les structures mnésiques et cognitives de l'étudiant, est immédiatement englouti dans une sorte de spirale pédagogique qu'on pourrait, par ironie, assimiler à des oubliettes. Pas qu'elles conduisent à faire oublier le phénomène qui, en tant qu'élément à restituer lors d'un examen, sera effectivement mémorisé (enfin, avec les réserves que je vais décrire), mais en tant que "phénomène" s'inscrivant dans une "réalité" (je mets aussi des guillemets à ce mot qui, à l'université, a tout d'un néologisme inusité). En effet, le "phénomène" sera évoqué lors d'un "cours" (étape n°1) qui s'inscrit dans un "module" (étape n°2), constitué d'un ensemble de cours (une douzaine généralement, mais c'est fort variable), lui-même inscrit dans une "unité d'enseignement" (les fameuses UE, étape n°3), qui regroupent, pour des raisons parfois assez absconses, plusieurs modules (souvent de 3 à 4), UE appartenant elles mêmes à des parcours (étape n°4) d'une spécialité (étape n°5) d'une licence ou d'un master qui possède une mention (étape n°6). Chaque module est affecté de crédits européens, les ECTS, Graals que ces chevaliers des temps modernes que sont les étudiants d'aujourd'hui, tentent de rapporter comme autant de trophées. A l'initiation du système LMD (Licence Master Doctorat), l'idée était que l'étudiant devait obtenir les ECTS attribués à chaque module, ce qui garantissait que la compétence dans chaque matière enseignée dans chaque module était acquise. Mais rapidement, cette exigence fondit comme la neige sur la cafétéria du CROUS à l'heure où j'écris ces lignes, devant les risques de manifestations étudiantes, et la compensation, assimilant presque l'étudiant universitaire à un handicapé du savoir, devint la règle. Tout se compensant et les notes éliminatoires étant refusées par les Conseils de la Vie Etudiante, peu importe la note obtenue à chaque module, l'important étant d'obtenir, sur l'ensemble du semestre, le Graal, réduisant quelque peu le caractère chevaleresque de la quête. Quand fut décidé que la compensation concernait aussi les semestres, alors il devint clair qu'il en était fini de l'espoir insensé de voir sortir de l'université des étudiants que le système amenait à acquérir le savoir compris dans chacun des modules. Même ainsi, un module couvrant plusieurs dizaines d'heures de cours et les questions ne portant que sur certains d'entre eux (et sur certains "phénomènes" au sein de chaque cours), aucune certitude que tout ce qui était important au sein du module était su. Mais dans l'état actuel, le phénomène est dilué à dilutions si homéopathiques dans cette architecture pédagogique, qu'il n'a pour ainsi dire plus aucune chance d'émerger. On le verra parfois surnager, dans l'esprit des quelques étudiants qui auront décidé que le module auquel il appartient est l'un de ceux sur lequel ils pensent pouvoir obtenir une note élevée, pour atteindre la moyenne fatidique à compter de laquelle on touche le jackpot (j'éviterai désormais les images médiévales qui ne sont plus guère appropriées). Et encore, même là, l'inscription de ce phénomène dans la réalité et son utilité dans le projet professionnel, seront largement supplantées par l'importance qu'il revêt dans le barème de notation que l'enseignant a établi et que, mais pour combien de temps encore, nous ne sommes pas obligés de divulguer avant les examens.

jeudi 25 novembre 2010

Diaporama

Il fut un temps où entre l'arrivée dans les lieux programmés pour accueillir nos "conférences" (puisque tel était notre intitulé, il faut donc supposer que nous en faisions) et le début de notre monologue, l'intervalle de temps était relativement réduit. Il suffisait, pour les plus modernes d'entre nous, d'allumer le rétroprojecteur et de déposer le premier "transparent" sur la vitre (souvent d'une saleté repoussante, ce qui gâchait un peu le soin apporté à la confection du dit transparent, qui l'était du coup fort moins), et les hostilités oratoires pouvaient commencer. C'était une autre époque, que je situerai avant l'an 5 de notre siècle. Depuis est arrivé le fameux diaporama powerpoint (prononcé à la française par le responsable du service informatique de notre UFR, ce qui ne participe pas à sa crédibilité en matière de nouvelles technologies). Car depuis, il faut parvenir à réunir ordinateur, cable, vidéoprojecteur, et, une fois ce tryptique magique, éléments disparates parfois collectés en 3 endroits différents, réuni, il faut prier le Dieu des compatibilités informatiques pour que la diapositive (ainsi nommée car elle n'est pas une diapositive mais hélas utilisée telle par la majorité des orateurs, quand elle n'est pas utilisée tout bêtement comme une feuille de papier sur laquelle on aurait tapé à la machine le texte que l'ex-conférencier devenu présentateur lit comme le journaliste télé son prompteur) paraisse enfin sur l'écran. J'estime à environ 15 min le temps moyen nécessaire pour parvenir à un tel résultat, avec des pointes à 25 min les mauvais jours. Aussi, il serait honnête de réduire de 25% la durée des enseignements sur les maquettes, afin de respecter leur durée réelle. La tendance est donc bien, contrairement à ce que l'on peut lire ici ou là, à la réduction du temps de travail. J'attends avec gourmandise la prochaine révolution technologique.

samedi 20 novembre 2010

Délais

Si l'Université était un laboratoire travaillant sur le conditionnement Pavlovo-Skinnerien appliqué à l'espèce humaine, et si l'on me demandait à quel type de protocole expérimental nous participons en tant que volontaires "sains" (ne pas oublier les guillemets), je dirais "à une étude sur les ravages des délais courts sur le comportement humain". Car l'Université n'est pas épargnée par ce fléau que subissent depuis plus de 20 ans les travailleurs de tous les secteurs économiques, et qui consiste à fixer des échéances irréalistes pour mettre chacun en situation de stress et d'insatisfaction, mais plus encore, d'insuffisance et de culpabilité, permettant de leur reprocher de n'avoir pas tenu les délais et atteints les objectifs. Ici, les objectifs étant pour le moins vagues (et parfois abscons), la technique expérimentale consiste à tout faire réaliser dans l'urgence, en tenant secret les calendriers jusqu'au dernier moment et en donnant le signal du départ de telle manière que nous ayons tout juste le temps, en y consacrant toute notre énergie, de parvenir à satisfaire la demande. Ainsi, ces jours-ci, la publication d'un poste de PRAG (professeur du secondaire engagé à l'Université) et l'acte de candidature au conseil de gestion de l'UFR, qui nécessitent de faire en 1 semaine ce qui devrait raisonnablement prendre au moins un mois. Mais ceci a pour avantage d'empêcher toute réflexion approfondie qui pourrait, qui sait, aboutir à je ne sais quelle stratégie préoccupante pour ceux qui nous dirigent. Mais je penche plutôt pour l'incurie générale, et finalement, c'est encore plus affligeant. Mais, en bons cobayes, nous obtempérons. Espérons que les résultats seront publiés un jour dans une revue de sociologie comportementale de bon niveau. Ce serait dommage de se ruiner la santé pour rien.

lundi 15 novembre 2010

Elections

En consultant les listes électorales et les sièges à pourvoir au conseil de gestion de l'UFR, je m'aperçois que la répartition entre les filières est tout simplement une injure à l'idée même de démocratie représentative. En effet, il faut savoir que nous sommes dans une UFR qui comporte une faculté de médecine, même si elle ne représente qu'une minorité du personnel enseignant, et pour cause, les cours étant assurés par des médecins hospitaliers dont l'implication dans la vie enseignante est particulièrement épiphénoménale. Et bien, 15 sièges sont réservés aux "médicaux" contre 6 seulement aux "universitaires". On remarque même que les sièges attribués aux "médicaux" non titulaires sont plus importants (7) que ceux des universitaires titulaires, qui représentent eux pas moins de 4 filières totalement différentes. Cette tartufferie démocratique est en fait l'exercice d'un pouvoir despotique du monde médical sur tout ce qui ne l'est pas. La médecine n'a d'ailleurs toujours pas fait sa mue démocratique et reste une enclave de l'ancien régime dans le monde moderne. Imaginant un instant me présenter à cette élection, cette découverte m'en dissuade. Nous continuerons à vivre sous le joug d'une minorité qui n'est pas disposée à partager la moindre miette de ses prérogatives climatiques (faire la pluie sur nous et le beau temps sur eux). Rien de nouveau et la loi LRU n'a fait que rendre irréversible ce qui aurait pu être changé par la main régalienne de l'état.

dimanche 14 novembre 2010

Grèves

Il y a quelques temps, message offusqué d'un enseignant-chercheur de mon Université en apprenant qu'un accord avait été signé au sein de l'Université pour que les personnels qui se mettent en grève se signalent à la direction. Il cite la loi qui, il est vrai, stipule bien que ce sont les employeurs qui doivent identifier les grévistes et non l'inverse. Mais on comprend que, pour le bien des étudiants, il soit préférable que l'on sache qui assurera ou non ses cours. J'en profite pour répondre à l'ensemble des destinataires de cette dénonciation, que certains enseignants-chercheurs font grève sans se déclarer ni pour autant participer aux manifestations, ce qui fait qu'ils ne sont comptabilisés ni parmi les grévistes ni parmi les manifestants, contribuant à diminuer les statistiques du nombre de grévistes et de manifestants, et pénalisant donc à double titre le mouvement de protestation auquel ils disent participer. Sans oublier qu'ils pénalisent les étudiants qui n'auront pas le cours prévu, et qui parfois se seront déplacés de loin pour rien. Il m'est arrivé dans le passé de procéder de manière strictement inverse, c'est-à-dire de me déclarer gréviste et d'assurer mes cours afin de gonfler les statistiques des grévistes sans pénaliser les étudiants. Mais bien sûr la différence c'est qu'ainsi je travaillais gratuitement au lieu d'être payé à ne pas travailler.